26 décembre 1843

« 26 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 211-212], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11518, page consultée le 02 mai 2026.

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Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon cher adoré, bonjour mon pauvre petit homme accablé et triste. Tu étais triste hier, mon bien-aimé, et je n’ai pas osé te demander pourquoi d’ailleurs. Mon pauvre ange je ne le devine que trop. Je respecte ta tristesse, je la comprends et je la partage.
J’ai été préoccupée toute la nuit de ce que tu m’as dit de la sollicitude de ta chambrière. Je crains que ce ne soit là le véritable motif qui t’empêche de venir ? Et puis je ne comprends pas comment cette fille connaît les heures auxquelles tu rentres ? Je pensais qu’elle couchait loin de l’appartement ? Est-ce que cette disposition intérieure est changée ? Il faudra que tu me dises tout cela tantôt. En attendant, cela m’a tourmentée toute la nuit. Quand te verrai-je mon Toto ? J’ai la tête et le cœur fatigués à force de penser à toi et de te désirer inutilement. Vraiment je t’assure que j’éprouve une espèce de lassitude à ce métier abrutissant. Tu dois t’en apercevoir à la platitude et à la maussaderie de mes lettres qui, sans avoir jamais été des chef-d’œuvre d’esprit et de grâce, étaient loin de l’insignifiance de celles-ci. Ce n’est pas faute d’amour au contraire. L’excès en tout est un défaut n’a jamais été plus juste que dans cette occasion. L’excès de mon amour me rend injuste, amère, triste et stupide. Ce n’est pas ma faute car je ne vois pas que je sois corrigible.

Juliette


« 26 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 213-214], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11518, page consultée le 02 mai 2026.

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Est-ce que tu ne viendras pas avant le dîner ? Tu as été bien bon, bien doux et bien charmant tantôt mon adoré, mais cela ne m’en a fait que trouver le temps plus long loin de toi : ajoute qu’à force de penser à toi j’ai oublié de te regarder en aller. Cela m’a fait un gros chagrin dès que je m’en suis aperçuea. Je ne te vois pas assez souvent pour ne pas regretter amèrement une seconde perdue par ma faute pendant laquelle j’aurais pu te voir. Je ne me pardonnerai pas cette distraction de longtemps.
Pauvre ange adoré, que tu es bon et que je t’aime mon Dieu. Je serais presque tentée de garder ma pièce de cent sous en souvenir de la manière ravissante avec laquelle tu me l’as donnée. Si j’avais une autre pièce dont je ne devrais compte à personne à mettre à la place je n’y manquerais pas. Mais, hélas ! ma paillasse sonne le ranz1 depuis longtemps. C’est ce qui me [illis.] à dépenser la pauvre pièce de cent sous.
La mère Lanvin n’est pas encore venue. Tout le monde courtb après moi comme les toutous après les coups de trique. Jamais je n’ai vu plus touchante unanimité à fuir ma maison sans compter les gens que je vais voir et qui me mettent à la porte de chez eux. Voime, voime, Mamzelle Chichi est pien aimaple qu’on me la viche à la borte2. Taisez-vous, vous savez bien que vous faites la même chose avec moi.

Juliette


Notes

1 Le « Ranz des vaches » est un air national suisse. Dans les années 1830, il était populaire, au point que Rossini, Berlioz et Meyerbeer ont utilisé cette forme. Juliette veut dire que son lit grince.

2 Imitation de l’accent allemand : « Mademoiselle Juju est bien aimable, qu’on me la fiche à la porte. »

Notes manuscriptologiques

a « aperçu ».

b « aperçu ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.

  • Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
  • 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
  • 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
  • PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
  • 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.